Comment ne pas écrire sur LE film qui explose le box office aujourd’hui et qui sera de toute façon le gros succès du cinéma français cette année ?
Une rhétorique qui m’a amené à formuler le titre de mon billet en m’inspirant de la syntaxe subversive “Et si…” propre aux intitulés des articles de Nicolas Bordas, Président de TBWA\France.
- Et si “Intouchables” valorisait enfin l’influence de “Care” sur “Cure” ?
Selon les derniers chiffres de Gaumont de ce lundi 5 décembre, “Intouchables” avait atteint les 11.729.435 entrées. Encore loin au Box office France, dominé par ”Titanic” (20,6 millions) et ”Bienvenue chez Les Cht’is” (20,4 millions), le film du duo Cluzet-Sy peut toutefois se vanter d’être toujours à l’affiche.
Afin de comprendre le succès de ce film qui s’apprête à battre tous les records, j’ai essayé de comprendre la relation des 2 protagonistes, François Cluzet et Omar Sy. Une relation qui s’appuie sur deux personnages aux univers sociaux différents mais qui pourtant s’entraident mutuellement.

J’insiste sur cette notion de relation. Puisque c’est bien celle-ci qui est à l’origine du succès du film.
Un film qui valorise la relation sociale (“to care“) au détriment de l’acte médical (“to cure“). Rappelons-le, le personnage joué par François Cluzet est tétraplégique et les chances de guérison faibles voire quasi nulles.
Pour ce genre de handicap, à l’instar de certaines maladies comme le SIDA ou d’autres nécessitant des soins palliatifs, le “care” prévaut sur le “cure“. Et c’est bien dans ces rares cas que “care” retrouve de la force.
A juste titre sans doute me direz-vous : qui ne préfère pas guérir à une longue succession de soins ?
Il est évident que le médecin ou le chirurgien détiennent plus de prestige que l’infirmière qui est sans doute plus proche de vous socialement parlant. L’acte médical apparaît plus valorisant que la relation.
Le psychanalyste anglais Winnicott le dit d’ailleurs très bien dans ses Conversations ordinaires : “cure” est plus prisé que “care“. Toutefois, il rappelle paradoxalement que l’étymologie de “cure” (qui veut dire “traitement” et “guérison”) dérive de celle de “care” (“soin”, “intérêt” et “attention”). Les deux notions cohabitent mais deviennent vite subalternes.

Mais comme je l’ai dis auparavant, toutes les maladies ne sont pas “curables”, et c’est de là, il me semble, que vient le succès du film. Un duo qui s’épanouit autour du “care” qui passe du second au premier plan, non par hasard mais par nécessité. Le “care” devient en quelque sortes le remplaçant obligé et vital du “cure”.
Pour citer Daniel Bougnoux dont l’Introduction aux sciences de la communication m’a été d’une grande aide pour comprendre l’analyse sémiologique : “Il n’est pas facile [...] d’évaluer objectivement, de mesurer ni de prescrire de bonnes relations de soin contrairement à la guérison. Celles-ci échappent à la science et relèveraient plutôt [...] des chances d’une interaction par définition non-programmable.”
Une définition qui colle totalement à l’ interaction initiée par un Omar Sy à la fois hilarant et attachant. Certes la différence sociale y joue pour beaucoup. N’empêche, une relation qui incarne le porte-drapeau du “care” et symbolise la guérison sociale à défaut de la guérison clinique.
["The more you care, the stronger you can be." - Jim Rohn.]